Un Petit Répit pour des parents à bout de souffle

En de début de semaine, à l’école Marguerite Bourgeois, où sont installés les bureaux du Petit Répit, le calme règne. Les élèves et les professeurs terminent la relâche printanière avec une journée pédagogique. Cela permet à Anne-Lise Mercier de m’accueillir dans la tranquillité de l’école désertée. Cet organisme de répit aux familles a célébré 21 ans d’existence en novembre 2017 et demeure fidèle à sa philosophie première : celle d’accueillir toutes les demandes de répit qui lui sont adressées en privilégiant un contact direct avec la famille pour mieux cerner les besoins de cette dernière. Anne-Lise occupe le poste de la direction générale mais elle est aussi la fondatrice du Petit Répit et l’instigatrice de l’approche qui le caractérise.

Lorsque les responsabilités et les tâches sont telles qu’il nous est difficile comme parent de discerner les priorités, une aide ou un reflet extérieur pour arriver à établir ce qui nous permettra de recharger les batteries et poursuivre notre devoir parental est bienvenue. Du côté du Petit Répit, on a vite réalisé qu’en cernant les besoins, on peut réaliser un meilleur pairage entre la famille et le choix de l’éducatrice qu’on enverra sur place pour permettre aux parents de souffler un peu.

Les familles qui font appel au Petit Répit sont pour la plupart biparentales, mais vivent toutes sortes de phénomènes qui cumulés, font vaciller l’équilibre fragile qui leur permet d’assurer un milieu de vie sain: l’isolement suite à un déménagement accentue leur incapacité à faire appel à un réseau d’entraide familial ou social, un débordement au niveau des responsabilités causé par une charge accrue de travail, un double emploi ou un conjoint absent pour cause de travail à l’extérieur, l’épuisement souvent associé aux enfants à besoins particuliers , des grossesses multiples et/ou rapprochées, etc.

L’aide du Petit Répit est disponible sur un vaste territoire qui s’étend sur trois municipalités régionales de comté ou plus communément appelées MRC (Orléans, Côte-de-Beaupré et Jacques-Cartier) et trois municipalités (Québec, Saint-Augustin et Ancienne-Lorette). L’organisme en plus de répondre aux demandes acheminées directement par les familles, assure la gestion et le suivi des plans de répit offerts par le fonds régional de répit pour enfants à besoins particuliers.

Ce modèle unique d’organisation s’est créé dès le départ dans un esprit communautaire avec pour objectif de répondre avec bienveillance aux besoins exprimés. Il demande une écoute attentive assurée par Suzie Doyon, la coordonnatrice de l’aide aux familles. Le répit est offert dans une formule 24 heures, sept jours sur sept, avec des blocs d’au minimum 3 heures par visite. Le Petit Répit, grâce au soutien de Centraide et de FDG, met à la disposition des familles les plus démunies, une offre de base de 18 heures qui pourra être aménagée selon la volonté du ou des parents. Il n’y a pas de liste d’attente, on gère les besoins au fur et à mesure, comme ils se présentent.

La jeune maman de nouveaux-nés jumeaux, pourra obtenir quelques heures de répit pour rattraper une carence de sommeil et elle sera soutenue si elle est insécure par une éducatrice plus âgée et plus expérimentée qui saura l’aider à s’organiser et reprendre confiance. La famille dont le conjoint doit s’absenter souvent au chevet de son père malade en région éloignée pourra obtenir de l’aide pour la préparation des repas et les soins aux enfants, pour éviter que la maman qui travaille ne s’épuise complétement.

img_1654
Suite à une suggestion du Dr. Paul Savary, ORL, on a depuis peu développé un partenariat nommé « 24 heures Augustines » par lequel les parents peuvent prendre un répit du milieu familial et se retrouver dans une chambre pour pairs aidants du Monastère des Augustines à Québec avec l’accès gratuit à toutes les activités et les services. Ce programme est un véritable cadeau pour les parents qui peuvent en bénéficier.

L’organisme peut compter sur une cohorte d’environ 20 personnes portant le titre de gardienne-éducatrice, presqu’exclusivement composée de femmes, compétentes, bienveillantes et dévouées, avec un niveau de formation approprié en éducation spécialisée ou en service social, qui seront dirigées individuellement avec flair vers l’une ou l’autre des familles. Si elles sont rénumérées, ces femmes offrent aussi de leur temps bénévolement pour faire en sorte de conserver l’équilibre budgétaire de l’organisation tout en assurant l’adéquation du service offert. Ainsi, la direction a pu établir que pour chaque heure travaillée dans l’organisation, autant d’heures auront été offertes de manière bénévole dans toutes les sphères de l’organisation. Par exemple, lorsqu’elles assurent la garde sur téléavertisseur (24/7) pour les cas d’urgence, ce temps n’est pas facturé. Ajoutons à cela, la disponibilité des membres du conseil d’administration, les heures bénévoles des employées à temps plein, le cumul de tous ces gestes de générosité atteint le niveau des heures réellement rénumérées.

Et comme partout ailleurs, il est difficile de recruter. Pour attirer et conserver le personnel en place, il faut faire preuve d’une grande souplesse au niveau administratif. Les travailleuses peuvent ainsi établir elles-même leur horaire, sans toutefois pouvoir se décommander lorsqu’elles auront accepté d’assurer un service auprès d’une famille. Certaines sont à temps complet, d’autres à temps partiel, toutes dans des horaires variables. À l’occasion, l’une pourra prendre un congé pour réaliser un stage ou une formation particulière sans être pénalisée. Les salaires versés mériteraient d’être augmentés, ce qui est une préoccupation importante pour la directrice. De même que la nécessité d’assurer une relève en cas d’absence de Suzie ou d’elle-même. Depuis peu, Anne-Lise délègue une partie des tâches administratives à une collaboratrice à raison de deux jours semaine pour la paie et la facturation notamment. Une des éducatrices a été formée à coordonner les plans d’aide dans l’éventualité où Suzie doive s’absenter.

Et si les besoins vont croissants (402 familles en 2017 et 430 familles anticipées en 2018), la loi 10 du gouvernement du Québec est venue ajouter un degré de difficulté supplémentaire en bousculant les partenariats établis avec le réseau et en amorcant un vaste jeu de chaise musicale où il est encore difficile de s’y retrouver. On utilise le vocable de standardisation des pratiques, mais chaque famille est unique et on peine à offrir des services adéquats. On assiste à un dumping de clientèle vers les organismes communautaires car les intervenants et les gestionnaires du secteur de la santé et des services sociaux manquent de temps et de ressources.

Bien que les éducatrices du Petit Répit travaillent avec un grand professionalisme, leurs observations sont parfois mises en doute et la trame qui permettait auparavant de tisser un continuum de services avec le secteur public est plus fragile, avec des trous de services. Ainsi, Anne-Lise qui se préoccupe de la pérennité du Petit Répit a amorcé une tournée des points de services pour rencontrer les équipes et leur expliquer le travail du Petit Répit.

img_0258
Bien qu’elle adore sont travail, Anne-Lise s’efforce aussi de préparer tranquillement une transition de gouvernance en prévision de sa retraite dans un peu plus de deux ans. La charge d’assurer la direction avec toutes les exigences que cela comporte commence à peser sur ses épaules vieillissantes. En plus de ses implications au niveau local, elle s’implique aussi au niveau provincial au sein du conseil d’administration de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille. Cette instance a produit une Trousse de référence et d’animation sur l’action communautaire autonome famille, issue du projet AGORA. Cet outil a défini les pratiques et les actions des OCF et laisse des traces pour la perennité de la mission singulière des OCF au Québec. Toutes ces implications sont pour elle une façon d’élargir son action et de mettre à contribution son expérience. Au moment de la retraite, elle pourra léguer à la communauté un organisme bien structuré, en santé qui a de belles perspectives d’avenir, parce que les familles de la région en ont grand besoin. À cette étape de sa vie, elle méritera à coup sûr un petit répit.