Un collectif de fondations québécoises qui réfléchit sur les inégalités

Le 26 janvier dernier, le Collectif des fondations a organisé une journée d’étude pour mieux comprendre comment se manifestent les inégalités dans nos sociétés et comparer la situation au Québec avec les quelques données disponibles, au Canada et ailleurs dans le monde, via les données de l’OCDE.

Voici quelques faits saillants du constat qui nous a été présenté par des chercheurs en santé publique et les économistes invités lors de cette journée de réflexion:

Marie-France Reynault, professeur à l’école de santé publique UdeM et directrice, centre de recherche Léa-Roback résumait ainsi la situation au Québec et au Canada:

  • Le Canada est un pays riche. Il se situe dans la moyenne des pays développés si on le compare à la Norvège, aux Etats-Unis, la Suède, la France et la Belgique;
  • La part des 1% des habitants les plus riches ne cesse d’augmenter depuis les années 1980, bien que cette dernière ait légèrement régressée les 3 dernières années;
  • Les inégalités sont moins grandes au Québec que dans les autres provinces canadiennes;
  • La dette du Canada est moins grande que celle du Japon de la France et des Etats-Unis, mais plus élevée que celles des pays scandinaves, de l’Allemagne, de la Suisse, de la Nouvelle-Zélande;
  • Le poids des impôts sur le revenu des particuliers au Québec est plus élevé que dans le reste du Canada et que la moyenne des pays de l’OCDE;
  • Les taxes à la consommation au Québec sont sous la moyenne des pays de l’OCDE;
  • Le taux de pression fiscale au Québec (37,6%) est légèrement supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE (34,3%), alors que celui du Canada se situe légèrement en-dessous (31,9%);
  • Le taux de faible revenu au Québec a légèrement reculé de 2002 à 2014. Il a peu évolué chez les personnes seules, a reculé dans les familles et a fortement augmenté chez les familles monoparentales depuis 2008, mais il est à peu près stable depuis 2011.
  • Le taux de faible revenu est a peu près inchangé au Québec, mais on observe de grandes disparités régionales et il a augmenté dans la région de MTL.

Selon Céline Thévenot, analyste politique, division des politiques sociales, au centre pour les opportunités et les inégalités de l’OCDE:

  • Les inégalités atteignent des niveaux record dans la plupart des pays de l’OCDE;
  • Le travail non-standard creuse les inégalités;
  • Les inégalités pénalisent la croissance économique. La mobilité sociale est ralentie;
  • Il n’est pas seulement question de pauvreté, mais du décrochage des 40% les plus pauvres;
  • Une forte concentration des richesses nuit à l’investissement dans le capital humain;
  • La haussse de l’activité féminine a fait reculer les inégalités;

Pour contrer ces tendances, l’OCDE recommande aux pays membres de:

  • Investir dans le capital humain;
  • Promouvoir des emplois de qualité, durables et inclusifs;
  • Soutenir la participation des femmes au marché du travail;
  • Renforcer l’efficacité des systèmes de redistribution;

Stéphane Paquin, professeur à l’ÉNAP, est titulaire de la chaire de recherche du Canada en économie politique internationale et comparée. Ses travaux lui ont permis de faire l’étude des politiques publiques du Québec et des pays scandinaves. Voici ses conclusions:

L’abaissement de la dette dans les pays scandinaves à la fin des années 80 a provoqué une réforme de l’état. « Ceux qui sont endettés ne sont pas libres » était le dicton.

Il n’y a pas de différence majeure dans les heures travaillées ni sur la réussite en éducation. Par ailleurs, ils investissent plus que nous dans le R&D et ont une meilleure productivité. Ils ont des surplus commerciaux.

Les taxes de vente dans les pays scandinaves sont très élevées.

Le système des partis favorise les relations industrielles dans le choix des politiques.

Il note une qualité de la fonction publique et de l’information publique. La transparence engendre la confiance.

Claude Lessard, professeur émérite, Faculté des sciences de l’éducation U de M et ancien président du Conseil supérieur de l’Éducation, est venu quant à lui comparer la réussite scolaire des jeunes selon les établissements fréquentés. Il constate plus de 17 à 26 % d’écart dans la réussite selon les matières entre les écoles privées et les écoles publiques de Montréal situées dans les quartiers à fort indice de défavorisation. Il est très critique quant aux programmes particuliers et aux tests de sélection des écoles qui favorisent les écarts dans la réussite et profitent naturellement aux enfants des familles plus riches et aux plus doués.

Enfin Ianik Marcil, économiste indépendant et chroniqueur nous a présenté les principaux constats émanant du Colloque 10 milliards de solutions. Essentiellement, son propos consistait à énumérer les choix politiques que nous pourrions faire pour moins dépenser ou gérer plus de revenus de manière à mieux équilibrer les finances publiques et rendre notre société plus égalitaire.

En atelier, les participants ont émis quelques souhaits pour réduire les inégalités:

PLUS
De prévention, proximité, égalité homme-femme, intégration des immigrants, soutien à la société civile, activités politiques, structures démocratiques, placements éthiques, répartition de la richesse, durée des programmes, mesures des objectifs…

MOINS
De catégorisation, individualisme, privatisation, paliers de désengagement, esprit de charité, corruption…

Pour plus de renseignements et les présentations détaillées, consultez le site www.collectifdesfondations.org