Refuge pour fugueurs : Squat Basse-ville

Je suis attendue au Squat cet après-midi-là, aussi j’ai à peine le temps de sonner que la porte s’ouvre et Véronique m’accueille. Véronique Girard travaille au Squat Basse-ville, situé dans le quartier Saint-Roch à Québec, depuis 2003 où elle était alors stagiaire en intervention. Après y avoir occupé de nombreux postes, elle en est devenue la directrice depuis deux ans. Pendant son dernier congé de maternité, le Squat a dû faire face à de nombreuses difficultés qui ont entaché ses relations dans le milieu, sa capacité à financer ses opérations et conséquemment son mode de fonctionnement. Après une période trouble pendant laquelle de nombeux jeunes se sont cogné le nez sur la porte à cause des heures d’ouverture réduites, le Squat annonçait récemment sa réouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Une bonne nouvelle pour les jeunes fugueurs qui viennent y trouver refuge durant les périodes où ils sont en rupture avec leur milieu d’appartenance.

IMG_0773Dans un tel horaire, une douzaine d’intervenants se partagent les plages de travail et accueillent les jeunes, parfois leurs parents et aussi les partenaires qui suivent ces jeunes (centre jeunesse, police, etc). Leur parti-pris va envers ces adolescents qui vivent des difficultés importantes et sont souvent en perte de repères dans la vie. Tout en préparant les repas ou en effectuant les tâches ménagères, ils animent le Squat, sont à l’écoute, gèrent les angoisses et les émotions diverses qui se manifestent chez les ados ou leur entourage.

Les jeunes ont plus généralement entre 14 et 17 ans, occasionnellement, ils sont plus jeunes, 12 ou 13 ans. Ils ont été mis à la porte par leurs parents, ont fugué du centre jeunesse. Ils sont parfois itinérants, vont d’amis en amis ou dorment clandestinement chez une blonde ou un chum qu’ils fréquentent. Souvent, ils sont en quête d’adultes signifiants avec qui ils peuvent échanger en toute liberté. Seulement, les adultes rencontrés dans la rue qui cautionnent ces jeunes, ne sont pas tous dignes de confiance et n’offrent pas un mode de vie sain.

Le Squat accepte presqu’inconditionnellement les fugueurs en leur offrant l’alternative d’une maison d’hébergement pour mineurs en opposition à l’errance urbaine. Le séjour permis est de 3 jours avec une carence de 5 jours. Durant le temps qu’ils passent au Squat, on les aide à rétablir les ponts avec leur milieu de vie tout en les invitant à s’organiser pour le passage à l’âge adulte ou en les référant à des intervenants spécialisés selon les problématiques identifiées. Même si le jeune refuse de prendre contact avec ses parents, avec la permission de ce dernier, l’intervenant pourra donner des nouvelles au père ou à la mère afin de les informer sur la condition de leur enfant.

En plus de cet hébergement temporaire, le Squat gère des logements résidentiels à coût modique qui sont offerts à de jeunes adultes qui bénéficient ainsi d’un centre résidentiel supervisé pour leur apprendre à vivre graduellement leur désinstitutionnalisation des centres jeunesse par exemple. Bien que ces deux types d’hébergement soient dans le même édifice, il y a une cloison étanche entre les mineurs et ceux qui tentent de s’intégrer dans la vie adulte.

Au résidentiel, les intervenants affectés à ce secteur les incitent à agir en locataires afin de développer une autonomie suffisante pour éventuellement être capable de passer à un autre type d’hébergement où les conditions à rencontrer sont plus nombreuses. Ils sont au stade de profiter de leur liberté tout en apprenant à prendre soin d’eux-mêmes. Plusieurs d’entre eux fréquentent l’école de la rue de la Maison Dauphine ou une autre institution d’enseignement. Les jeunes femmes enceintes sont référées à Mère et Monde, un centre communautaire et résidentiel pour les jeunes femmes avec de jeunes enfants, situé à Limoilou. Ils apprennent à gérer leurs dettes, le paiement du loyer et les bris qui surviennent dans leur appartement. Ils doivent aussi payer leurs études et les frais afférents. Le Squat renouvèle les baux aux trois mois, de manière à discipliner les locataires et à ne pas accumuler les problèmes. Les jeunes doivent accepter de faire inspecter leur logement en terme de salubrité, de même qu’ils doivent prendre et respecter des ententes de paiement en cas de difficulté à tout concilier. L’Office Municipal d’Habitation de Québec (OMHQ) paie jusqu’à 75% du coût du loyer de ces logements, ce qui permet au Squat d’accorder un peu de flexibilité aux jeunes et négocier des ententes de paiement avec eux.

IMG_0775Véronique insistait à dire que les intervenants du Squat ne sont pas des éducateurs, mais deviennent par la force des choses selon les situations, des mamans ou des papas, des frères ou des sœurs, des amis, des profs, des conseillers de toutes sortes. Les liens qui les unissent à ces jeunes sont forts et uniques. Ainsi, ils iront jusqu’à accompagner un jeune au Village des Valeurs pour l’achat d’un costume ainsi qu’à participer au bal des finissants s’ils sont priés de le faire. Ils assisteront au baptême de l’enfant d’une jeune fille qui a fréquenté le Squat ou à la fête d’anniversaire d’un-e autre si on leur demande. Véronique s’est aussi interposée une fois dans une bataille entre deux filles qui aurait pu dégénérer. Cette jeune femme raconte encore aujourd’hui que lorsqu’elle pète les plombs, elle se rappelle de ce moment et arrive dorénavant à se contrôler.

Le Squat a refait les ponts dans le quartier avec les autres organismes qui y sont présents, mais surtout, il a rétabli, peu importe le jour ou l’heure, la communication avec les jeunes qui viennent y trouver une oreille attentive, un peu de confort et de sécurité, des éléments impossibles à trouver dans la rue.