Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ)

Contrer l’exploitation sexuelle avec une approche multisectorielle.

Avant de rencontrer la directrice de l’organisme, Geneviève Quinty, j’ai voulu voir le site web qui devient de plus en plus souvent la porte d’entrée au PIPQ. Tout de suite, j’ai constaté que le public visé est très bien ciblé, on a donné au portail un langage clair et direct, une facture colorée, des mécanismes de navigation simples, de même qu’une fonction de sortie rapide qui ne laisse pas de trace (Site web de PIPQ).

En fonction depuis à peine quelques semaines, voici le genre de message anonyme reçu sur le portail et auquel les intervenants doivent répondre : « Je ne sais pas comment sortir de ce milieu. Je suis enceinte, j’ai probablement des ITSS, j’ai peur de la police. Pouvez-vous m’aider ? »

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Le simple fait pour une personne de pouvoir formuler ce genre d’appel à l’aide est une forme de libération. Il aide à reconnaitre sa condition et envisager des portes de sorties.
Depuis 35 ans qu’il est à l’œuvre, le PIPQ multiplie les outils pour venir en aide aux jeunes femmes prises dans la spirale de l’exploitation sexuelle. Depuis 10 ans, le nombre d’employés est passé de dix (10) à vingt-deux (22).

Depuis l’opération Scorpion (2002) qui visait à démanteler un réseau de prostitution juvénile dans la ville de Québec, les pouvoirs publics ont décidé d’investir dans la lutte à l’exploitation sexuelle. Et ils se sont engagés à financer à la fois la recherche et le travail sur le terrain avec notamment l’équipe du PIPQ. Et ils y croient.

Sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois, on a initié une consultation provinciale autour du phénomène de l’exploitation sexuelle. Les résultats de cette consultation ont donné naissance à un plan d’action déposé en 2016 par le gouvernement Couillard. Celui-ci se poursuit jusqu’en 2021. La stratégie interpelle 12 ministères et organisations gouvernementales. De concert, on y priorise cinquante-cinq (55) actions autour de trois axes : a) prévenir, b) intervenir, c) développer et partager afin de mieux agir.

L’opération Scorpion et la stratégie qui en a résulté ont forcé une meilleure concertation des intervenants. Geneviève Quinty siégeait à l’époque sur le conseil d’administration du centre jeunesse et suivant sa suggestion, le directeur a commandé un comité de réflexion sur le sujet. Ce comité avec le temps est devenu une table régionale de concertation sur laquelle siègent des représentants des commissions scolaires de la capitale nationale, des représentants du CSSS, maintenant le CIUSSS, des agents de la police ainsi que des centres jeunesse et enfin des intervenants du PIPQ. Cette instance a reconnu les besoins en formation des intervenants de l’ensemble des secteurs et la nécessité d’axer celle-ci sur le travail collaboratif.

Sans fausse humilité, Geneviève Quinty est fière de dire que le PIPQ est l’instigateur de ce travail collaboratif. L’intervention pour qu’elle soit efficace nécessite une approche intersectorielle. Mais comme elle le dit si bien : « Avant de construire la collaboration, il faut déconstruire les croyances, les préjugés et nos réflexes habituels. »

C’est pourquoi, la formation mise sur pied et offerte par la table régionale de concertation en prostitution juvénile et exploitation sexuelle s’effectue en dyade : un intervenant du PIPQ jumelé selon le cas avec quelqu’un de la commission scolaire ou de la police, ou d’un centre jeunesse. Il est important de reconnaitre la pratique de l’autre. Les groupes auxquels la formation est offerte doivent aussi être mixtes et avoir des participants qui proviennent de divers milieux : communautaire, policier, scolaire et de la santé. C’est la mise en commun des regards qui enrichit l’approche. Ce sujet difficile demande de la nuance et du doigté auprès des gens touchés par le phénomène.

Déjà, la formation a été offerte à environ 600 personnes de la région de Québec et on commence à se déplacer en région pour la disséminer dans les milieux les plus touchés par cette problématique, malheureusement trop répandue.

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Sécurité Publique Canada investit également dans la lutte à l’exploitation sexuelle et finance un projet-pilote qui comporte des activités auprès des filles placées au centre de réadaptation de Québec, l’Escale. Le PIPQ souhaite aussi travailler auprès des garçons avec une approche systémique pour changer le regard, changer les comportements. On ne pourra pas changer la problématique auprès des filles si on ne travaille pas de concert avec les gars parfois contaminés dans leur éducation, influencés par leurs fréquentations avec une vision réductrice de la femme. Toutefois avant de se présenter au centre de réadaptation pour garçons le Gouvernail, il faudra adapter le matériel, le discours et l’approche. Ceci devrait être réalisé en cours d’année.

On comprend de mieux en mieux le phénomène avec le travail collaboratif et chaque partie peut contribuer avec son expertise. Il arrive ainsi que des parents en détresse soient référés au PIPQ. Ce sont des situations difficiles, et l’accueil est important. Prêter l’oreille, être attentif, faire comprendre aux parents que c’est important de ne pas briser le lien, malgré le sentiment d’impuissance, parfois d’échec qui peut les habiter.

Geneviève croit à l’importance des équipes mixtes. Aussi, il y a plusieurs gars qui travaillent comme intervenants au PIPQ : un dans le milieu de vie, un travailleur de rue jeunesse et un travailleur web. Les modèles positifs de garçons existent et doivent être mieux connus des filles.

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En plus de pouvoir entrer en contact avec l’organisme par le biais des médias sociaux ou par téléphone, on peut aussi se présenter sur place pour du dépannage alimentaire, du repos et de l’hygiène personnelle, des cuisines collectives et d’autres activités créatives et de ressourcement. Une infirmière vient régulièrement sur place pour rencontrer les personnes qui ont des soucis de santé.

Environ la moitié de la contribution de FDG est utilisée en prévention, l’autre moitié va au travail de rue. Le nouveau programme d’éducation sexuelle à l’école permet au PIPQ de s’insérer dans cette formation de niveau offerte au niveau au moment où les élèves sont prêts à considérer les facteurs liés à l’exploitation sexuelle. Ainsi, autour de 2500 élèves sont rencontrés chaque année au moment opportun dans la vie des jeunes et de leur cheminement en matière d’éducation sexuelle, directement dans les écoles. Les travailleurs de rue quant à eux se rendent dans le milieu naturel des jeunes soit, les HLM, les bars, les parcs et les espaces publics, les centres de réadaptation, etc.

Une visite des lieux occupés par le PIPQ, rue des Oblats à Québec, m’a convaincue qu’on y trouve un accueil inconditionnel des filles et des femmes prises dans les mailles du filet de l’exploitation sexuelle. Il est au carrefour de la prévention et de la protection et de bien d’autres aspects méconnus de ce phénomène.

Par Hélène Dufresne
26 mars 2019