L’histoire de Kamal

par Mijanou Simard, directrice, Coup de Pouce Jeunesse Montréal-Nord

« Finalement, c’est en essayant d’aider les autres que je me suis aidé »

Il est 15h30 lorsque j’entends une voix tout endormie à l’autre bout du fil; c’est celle de Kamal Chafik. Fidèle au rendez-vous, il me téléphone après une longue nuit de travail pour me raconter l’histoire de son parcours à travers la relation privilégiée qu’il entretient avec Coup de pouce jeunesse de Montréal-Nord.

Kamal Ado 2

Tout a commencé il y a 9 ans, lorsque Kamal quitte le Maroc avec ses parents et son petit frère. « À 14 ans je ne comprenais pas vraiment les raisons de cette immigration. C’est plus tard que j’ai réalisé que mes parents avaient fait ce choix, comme plusieurs autres immigrants, essentiellement pour nous… pour nous offrir un avenir plein de possibilités. » La famille s’établit à Montréal-Nord où ils seront hébergés pour quelques jours chez une connaissance. Puis, lorsque le logement adjacent se libère, la famille Chafik dépose officiellement ses bagages dans ce quartier qui deviendra leur nouveau chez soi.

Les premiers mois seront remplis de solitude pour le jeune Kamal, qui a tout laissé derrière lui. Ses amis lui manque, il ne connaît personne et ne sait pas quoi faire. « J’étais étonné par toute la liberté que j’avais, mais en même temps je ne savais pas quoi en faire. C’est très difficile de repartir à zéro quand t’es un adolescent. » Kamal est inscrit à l’école Henri-Bourassa dans une classe d’accueil, mais il s’ennuie toujours. Parfois, il joue au soccer au parc, mais après les parties les jeunes repartent ensemble et lui se retrouve encore seul à traîner dans les rues pour occuper son temps…

Puis une éducatrice de l’organisme Coup de pouce jeunesse vient dans sa classe présenter l’activité J’arrive!. On lui explique qu’une fois par semaine, un groupe de jeunes bénévoles accueille les nouveaux arrivants dans l’espoir de faciliter leur intégration. C’est une occasion pour lui de rencontrer d’autres jeunes, de découvrir les organismes du quartier et de faire plein d’activités. « Au début, j’ai embarqué parce que tout ce que je voulais c’était de faire des choses avec des gens! » L’activité répond à ses attentes et le jeune homme s’épanouit rapidement. Il fréquente les organismes du quartier et se reconstruit un groupe d’amis, puis devient à son tour bénévole au groupe J’arrive!. « Coup de pouce jeunesse était au centre de ma vie, c’était normal pour moi de devenir bénévole à mon tour et permettre aux jeunes comme moi de mieux vivre leur arrivée au Québec. Aussi, lorsqu’on m’a présenté les autres activités dans lesquelles je pouvais m’impliquer… j’ai capoté! Il y avait tant de choix et tellement de choses à faire que je voulais tout essayer. »

Avec le temps, le réseau de ce jeune actif et sociable s’agrandit, il se fait beaucoup d’amis à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisme et avoue qu’il a été confronté à différentes influences. « J’aimais faire partie de ce réseau positif, j’aimais être un de ces jeunes qui redonne à la communauté. Sauf que j’avais d’autres amis, j’étais curieux tu vois… » Ainsi, il n’était pas à l’abri de plusieurs tentations et pendant un certain temps, il naviguait entre ce réseau positif si important dans sa vie et un réseau qui pouvait l’entraîner vers des actions moins glorieuses. Il avoue lui-même l’avoir échappé bel. « Plusieurs amis ont payé cher leurs conneries et je ne suis pas mieux qu’eux… j’aurais vraiment pu y être, mais j’étais à Coup de pouce! » En effet, il n’y était pas parce qu’il avait des rendez-vous importants; faire la cuisine avec des déficients intellectuels, raconter des histoires aux petits enfants, faire découvrir son quartier aux immigrants, informer ses pairs des risques liés aux jeux de hasard…

L’influence de son passage ne s’est pas arrêtée là, au cégep il s’inscrit dans le groupe de jeunes secouristes qu’il dirigera bénévolement. Il croit aussi que ces apprentissages à Coup de pouce lui ont permis de gravir rapidement les échelons dans son emploi à l’Écho-centre où il devient vite gérant. Le cumul de ses expériences lui permettra aussi plus tard d’obtenir une promotion dans son emploi actuel comme chef de tour nationale dans une importante compagnie de sécurité.

Bien que l’étudiant cumule les responsabilités et les emplois, c’est sans aucune hésitation qu’il se présente en 2012 à l’Assemblée générale de Coup de pouce jeunesse pour y être élu membre du conseil d’administration. « Coup de pouce jeunesse faisait trop partie de ma vie depuis mon arrivée ici. Je voulais continuer à faire vivre cet organisme tout en lui apportant le point de vue des jeunes. »

Lors de la dernière Assemblée, Kamal accepte avec joie la vice-présidence au sein du conseil d’administration. Lorsque je lui rappelle qu’il est maintenant mon patron, il rit de bon cœur sans s’enorgueillir de ce rôle qu’il prend au sérieux. « Finalement c’est en essayant d’aider les autres que j’ai fini par m’aider moi-même. Pour moi, tout le monde doit faire sa part… Moi c’est Coup de pouce! »

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