Head and Hands – Un collectif au service de la communauté

J’ai rencontré Andrea Clarke, la directrice de cet organisme bilingue (en français À Deux Mains) à leur local de la rue Sherbrooke, en attendant de pouvoir investir le nouveau lieu qui leur est octroyé par la ville de Montréal, rue Benny dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Le déménagement dans l’ancienne bibliothèque, prévu cet automne, leur permettra de recentrer un certain nombre d’activités dans un même lieu. L’entente avec la ville prévoit que l’immeuble leur est cédé sans frais, mais ils doivent effectuer par eux-mêmes les rénovations et l’entretien. Un nouveau modèle de soutien que la ville expérimente mais qui pourrait bien faire des petits…

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Ainsi, on pourra rapatrier au sein des murs de l’organisme, non seulement l’ensemble des cliniques offertes (médicale, légale, sociale) pour la clientèle visée, âgée de 12 à 25 ans, mais aussi le dépannage alimentaire, le point de chute des travailleurs de rue et l’administration, en plus du programme soutenu par FDG appelé Jeunes Parents. On se réjouit de cette convergence, car il permettra de mieux soutenir les parents qui se regroupent actuellement dans un autre lieu, mais à bonne distance de la « maison-mère ». Ces jeunes parents, habituellement de 16 à 25 ans, parfois chefs de famille monoparentale, mais pas toujours, apprécient ces occasions de rencontre entre pairs, où ils peuvent échanger sur leurs problèmes, encadrés par des intervenants dévoués dans une approche holistique et inclusive. Ici, on s’attarde à la personne entière, on crée un climat favorable au partage, en orchestrant notamment des repas collectifs pour les familles, les jours de rencontres. On profite du temps de préparation pour sonder la clientèle sur les sujets qui les intéressent et reconnaître les besoins exprimés, pendant que les enfants sont regroupés avec une éducatrice. La gestion du stress est par exemple un sujet qui revient souvent ces jours-ci. Alors, on organisera des discussions et ateliers autour de ce thème en renversant aussi le problème pour proposer une vision optimiste des enjeux rencontrés. Ces formes d’enseignement auront des répercussions aussi sur les enfants à qui les parents s’adresseront différemment par la suite pour les encourager à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. On cherche beaucoup à intégrer les pères, à briser l’isolement de ces familles souvent plus vulnérables lorsque laissées à elles-même.

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Dans l’ensemble des programmes, la personne en charge de la coordination est appuyée par la visite des travailleurs de rue. Ces derniers facilitent le suivi en-dehors des heures de programmation sur tous les aspects pour lesquels l’organisme peut être en soutien. Afin de multiplier les échanges, le groupe (privé) des parents a créé une page Facebook où ils communiquent, échangent des photos de leur famille, de leurs activtés. L’organisme a compris qu’il devait suivre la migration des contacts vers le web et met beaucoup d’efforts à suivre cette tendance pour mieux servir sa clientèle.

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Outre le programme de Jeunes Parents, À Deux Mains a repris un programme de la ville de Montréal, Jeunesse 2000, destiné aux 12-17 ans avec des activités de musique, de sports et de cuisine. Une peu sur le modèle d’une maison de jeunes, on dispose d’un espace de rencontre où les jeunes sont placés au cœur des activités. L’endroit est décontracté, attirant pour les jeunes. Récemment la musique a pris beaucoup de place, alors on a pris soin de faire évoluer le support technique nécessaire à cette forme d’expression des jeunes. Ces derniers réaliseront deux spectacles pendant l’année et pour la majorité d’entre eux, ce sera la première fois qu’ils recevront une rénumération en échange de leur prestation, en plus de faire reconnaître leur talent parmi leurs amis et leur famille. Jeunesse 2000 a aussi accès à des heures de gymnase où le basketball est à l’honneur. Par le jeu plus structuré, on établit des relations qui permettent d’aborder des sujets plus sensibles. Les mardis soir, les jeunes préparent un repas ensemble. Le souper est suivi du visionnement d’un film qui suscite une discussion relevant la multiplicité des points de vue, où il est possible d’entendre les préoccupations et parfois créer des brèches dans les certitudes et conséquemment plus d’ouverture et de tolérance.

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L’organisme agit aussi au niveau de la sécurité alimentaire dans plusieurs de ces programmes. A cela s’ajoute des services légaux, de santé et sociaux. Dans tous les programmes et services, on cherche à minimiser les barrières à l’accessibilité. Indifféremment, on accueillera des personnes qui n’ont pas de statut clair à l’immigration, des sans-papiers, des personnes de la communauté LGBT, etc. Médecins du Monde y réfère sa clientèle 12-25 ans pour une médecine générale ou des tests de dépistage. Même les personnes habitant un quartier situé à l’extérieur de NDG sont accueillies de manière très ouverte.

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Le conseil d’administration est composé de 12 personnes (âge moyen de 28 ans), pour la plupart des étudiants ou des jeunes professionnels récemment gradués. Le financement provient des trois paliers de gouvernement, de Centraide, de fondations privées et des revenus autonomes. Entre 25 et 35 personnes travaillent À Deux Mains selon les saisons, les projets et les programmes en place. Environ la moitié y travaille à temps plein.

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La gestion collective de cette organisation n’est pas fréquente et mérite d’être soulignée. Le déploiement des actions et la supervision sont faits en équipe. On cherche ici à déconstruire le travail en silo. Une fois par semaine, l’équipe composée de 9 coordonnateurs et 4 personnes aux services et à l’administration, se rencontre et discute des problématiques, trouve des solutions, communique et relaie l’information disponible. Ce mode de gestion favorise la polyvalence et maintient une bonne cohésion dans l’équipe. Le roulement de personnel n’est pas aussi grand que ce qui peut s’observer ailleurs dans le milieu. Cette façon de faire génère de l’intérêt chez les étudiants en gestion qui se sont réunis récemment (6 équipes de 4 personnes), avec des juges-experts pour étudier les pratiques et faire des recommandations afin d’optimiser les façons de faire. Et l’équipe d’À Deux Mains se propose d’intégrer plusieurs des recommandations qui ont été faites. Quant aux étudiants, ils ont complété cet exercice avec un grand intérêt découvrant un modèle de gestion atypique mais qui fait ses preuves dans cette organisation!

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En terminant, Andrea me souligne les deux préoccupations actuelles qui retiennent son attention, celle des travailleurs et du conseil. En premier lieu, le vide créé par l’absence de programme d’éducation sexuelle dans les écoles. Bien qu’ils s’efforcent de leur côté de combler ce vide auprès de leur clientèle, un grand nombre de jeunes reste dans l’ignorance et cela perpétue des problèmes de santé et de comportement qui pourraient être évités. Deuxièmement, on anticipe l’arrivée massive du fentanyl à Montréal. Bien que les travailleurs de rue aient entrepris des discussions avec d’autres groupes communautaires et les gens de la Direction de la Santé Publique (DSP), les stratégies d’approche face à ce problème ne sont pas au point et on sait les ravages que peuvent causer les opiacées.

Elle souligne avec justesse que les choix individuels qui sont faits sont souvent le reflet de problèmes sociétaux qui par ailleurs ne suscitent pas suffisamment d’efforts à être résolus.