Escale Famille Le Triolet inaugure Escale pour ToiT

C’est une histoire de persévérance et de détermination. Acculé à un déménagement certain, l’organisme piloté par Carole Longpré devait trouver à se reloger. Situé dans l’arrondissement montréalais Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, il était impossible de trouver en location les locaux adéquats pour relocaliser les activités. La Commission Scolaire de Montréal (CSDM) ne renouvellerait pas le bail qui prendrait fin le 30 juin 2017.

Pendant cette quête frénétique qui ne donnait pas de résultats, l’idée a germé de bâtir un édifice qui regrouperait des locaux communautaires au rez-de-chaussée et des logements destinés à des familles monoparentales aux étages supérieurs. L’opportunité s’est présentée alors que la construction prévue d’un projet de centre de loisirs a avorté. L’histoire est venue aux oreilles de Carole qui saute sur l’occasion pour reprendre au bénéfice d’Escale Famille le Triolet, cette nouvelle construction sur laquelle avait déjà planché le groupe d’architectes Rayside Labossière et le Groupe de Ressources Techniques (GRT) « Bâtir son quartier ». Pour diminuer les coûts et assurer la livraison dans les délais, les architectes font des ajustements au projet plutôt que de le repenser du début. En cours de projet, différents architectes se succèdent, et au moment d’écrire ses lignes, un quatrième chargé de projet est afffecté au dossier pour représenter le GRT. Carole est celle qui tient la barre et condense la connaissance accumulée face au milieu de vie que l’équipe cherche à créer.

img_1559
Le projet de près de 6 M$ est financé à 90% par la Société d’habitation du Québec via le programme AccèsLogis ce qui exige de la part de l’organisme une part de financement autonome. Le ministère de la Famille ne finance que la mission de l’OBNL. Mais le montage financier est compliqué et encore incertain (!), ajoutant un degré de tension sur les épaules de cette toute petite équipe… qui multiplie les responsabilités pour pallier aux conditions parfois boiteuses de l’accompagnement dans la démarche.

A la veille de la présentation du projet revu à la Ville de Montréal, elle apprend que l’architecte qui présentera avec elle, n’est pas la personne avec laquelle elle a monté le projet. Et au moment de la mise en chantier, une nouvelle architecte chargée d’exécution reprend le dossier comme c’est souvent le cas à cette étape. Alors que les délais eux ne changent pas, notre gestionnaire communautaire doit composer avec toutes sortes d’impondérables qui viennent mettre en péril l’avancement du projet.

Carole serre les dents à chaque difficulté jusqu’à casser une canine et connaître des complications lors de l’extraction. Et il est hors de question de couper dans les services à ses membres, aussi avec Geneviève la directrice-adjointe et les intervenantes, elle s’assure de maintenir les activités. Par ailleurs, elle doit s’entourer d’une ressource supplémentaire pour soutenir le développement du nouveau volet habitation au sein du projet de construction et son adéquation en fonction des besoins formulés. C’est alors que Mélanie entre en scène.

Toutes les décisions s’ajoutent aux précédentes responsabilités. Elle doit ainsi cerner les nombreux changements de ressources engendrant à chaque fois la perte d’information et de connaissances. Pas le choix de composer avec la règlementation de la Ville de Montréal d’appliquer l’appel d’offres publiques et faire affaire avec l’entrepreneur qui sera le plus bas soumissionnaire. S’ajoute à ce partenaire exigeant le GRT, les ingénieurs et tous les bailleurs de fonds qui ont aussi leurs exigences.

A titre d’exemple, l’entrepreneur a soumissionné 240,000$ plus bas que son plus proche rival. Son prix est garanti 90 jours, soit jusqu’au 1er octobre 2016. La CSDM a signifié la fin du bail au 30 juin 2017. L’accord pour la mise en chantier ne parvient à l’organisme que le 15 octobre. A cause du retard de début de chantier, des conditions hivernales qui prévaleront et le respect du livrable au 30 juin, l’entrepreneur « Les Entreprises Arbour » annonce immédiatement une hausse du coût des travaux de 120,000$.

img_1560
Les Entreprises Arbour sont toutefois sensibles à la mission de l’organisme et annoncent lors d’un événement bénéfice au début décembre 2016 un don de 30,000$. Vous pensez comme moi, c’est une bonne nouvelle! Le 23 décembre, la Ville insiste pourtant que l’organisme déclare par écrit qu’il n’encaissera jamais ce montant pour se mettre à l’abri d’éventuelles allégations d’irrégularités! De plus, la Ville de Montréal insiste pour revoir les états financiers de l’organisme sur une période de 3 ans. Ces soucis et cette pression inutile, Carole Longpré s’en serait bien passée pour la période des Fêtes…

Chaque étape de l’évolution du projet réserve son lot de surprises. S’ajoute à cela des tensions énormes entre les fonctionnaires et le pouvoir politique de l’arrondissement qui ont des répercussions sur la direction et l’organisme. Ainsi, soi-disant pour les besoins de la construction, la ville sans prévenir, vient couper un arbre sur le site et envoie une facture de 3,800$ à l’organisme qui représente le coût de la coupe et la valeur de l’arbre.

Les structures et les délais bureaucratiques, les conflits de personnalité, les chicanes entre les corps de métier, les extras dans les coûts de construction, une grève de la construction, les difficultés liées au financement, la compatibilité des programmes, l’atteinte du seuil d’achèvement substantiel pour confirmer certaines subventions, les équipements qui brisent ou qui sont mal raccordés… et j’en passe.

img_1562
En parallèle, au 30 juin 2017, tel que prévu, les locaux sont libérés au bénéfice de la CSDM et le matériel entreposé. Pendant l’été, jusqu’au 25 septembre où ils pourront investir le nouveau bâtiment, l’équipe poursuit ses activités dans l’itinérance, la direction avec l’aide de Cassiopé, intégrée à l’équipe grâce en partie à un programme d’Emploi Québec, organise des ateliers sur la gestion du changement auprès des employés, elle intègre deux nouvelles intervenantes avec lesquelles elle développe le nouveau volet hébergement, fait la sélection des locataires, modifie l’orientation initiale pour s’assurer de répondre à une demande qui provient du quartier, et finalise le chantier.

Je ne pourrai jamais rendre justice à la résilience dont ont fait preuve Carole Longpré et son équipe pour mener à bien ce projet semé d’embûches, de contretemps et de difficultés. À la fin septembre, elles ont dix jours pour aménager les lieux, se familiariser avec les espaces et préparer l’arrivée des familles et des locataires. Parmi ces dernières, 60% ont en bas de 25 ans et 70% sont dans l’urgence de se relocaliser. Elles sont 21 familles et doivent emménager pour le 15 octobre. Huit des locataires sont de jeunes mères monoparentales et inscrites à l’école Rosalie-Jetté située dans le quartier. Elles y développent leur parentalité et bénéficient de la garderie de l’école. Pour la plupart c’est une première expérience en logement et n’ont rien. Dans l’urgence, Escale Famille Le Triolet doit faire appel à la chaîne de solidarité pour meubler les logements à tout le moins d’un frigo et de lits pour les mamans et les enfants. Une cuisine aménagée au rez-de-chaussée répondra pour l’instant aux besoins des locataires pour la cuisson des aliments. Indirectement, ce rendez-vous informel à l’heure des repas, permet aux locataires de faire connaissance. La salle de lavage communautaire participe également à cette dynamique. Il est important que pour parachever leur installation, les solutions soient trouvées collectivement par les mères elles-mêmes avec l’aide des intervenantes.

L’arrivée de ce nouveau bâtiment sur la rue suscite la curiosité et la méfiance chez les voisins. Pour apaiser les esprits et faire preuve de transparence, Escale Famille Le Triolet ouvre ses portes au voisinage le 24 octobre toute la journée. Avec la venue de 120 personnes, cette démarche finit par faire tomber plusieurs résistances.

img_1561
Le déploiement des services de l’organisme et sa nouvelle réalité mobilise aussi les partenaires du réseau communautaire. On développe des liens avec une cinquantaine de nouveaux partenaires et accueille certains d’entre eux pour des activités s’adressant aux familles membres. Des activités pour les jeunes mamans et leurs enfants, les préoccupations en matière de sécurité alimentaire génèrent beaucoup de discussions. La direction s’implique dans la recherche de solutions collectives et la mutualisation des efforts et des solutions au sein du quartier.

187 familles et parmi elles les locataires sont membres d’Ecale Famille Le Triolet. Lors de la mise en place de ce projet, l’organisme a dû renouveler et développer son réseau dans la communauté des gens d’affaires que ce soit par le partage d’expertise, de support et de conseils ou en pourvoyant des postes au conseil d’administration. Grâce à leur implication, ce projet ambitieux a pu voir le jour.

Certains autres appuis qui se sont manifestés d’entrée de jeu ont soutenu toute cette haletante démarche : Centraide, bien au fait de la réalité du milieu y a cru dès le premier jour. Le député du comté de Bourget Maka Kotto, a aussi été présent et a salué l’audace et la détermination de Carole Longpré en lui décernant la médaille de l’Assemblée Nationale. Pour citer Carole : « Dans un contexte de survie, il nous ont aidé à continuer de fêter la vie ».

Malgré l’enjeu de la relocalisation, tous les efforts consentis, l’organisme a su se développer, répondre aux besoins, sauvegarder les acquis. Constater la joie des jeunes mamans et leurs enfants de s’installer dans des appartements neufs avec des services de proximité a compensé toutes les frustrations et les difficultés vécues par la formidable équipe d’Escale Famille Le Triolet.