En marge 12-17, ailleurs que dans la rue

L’ancien presbytère qu’occupe En Marge 12-17 est imposant. L’église Ste-Brigide-de-Kildare, tout à côté, fait figure de parent pauvre, à tout le moins négligé, en comparaison. Toutefois, cela devrait changer dans la prochaine année, puisqu’après dix ans d’efforts, un regroupement d’organismes communautaires a réussi à rassembler le financement pour rénover ces espaces dont la vocation sera axée en partie sur des activités jeunesse.

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En Marge 12-17 est une porte ouverte sur la rue, vers autre chose que la rue.
Un filet de sécurité pour des jeunes en réflexion, en quête d’eux-mêmes.
Plus qu’un toit et qu’un repas, En Marge constitue une alternative à la fugue et à la rue
, comme indiqué sur la page d’accueil de son site web.

Et au-delà de sa mission, l’organisme se fait un devoir de s’inscrire et de contribuer à la trame sociale du quartier (il est à la limite sud-est du village gai) et de l’intervention auprès des jeunes en mutipliant les partenariats et les communications avec les acteurs du milieu.

Dans l’espace d’abord, au sein du Centre culturel et communautaire Ste-Brigide qui a pris en charge le plan de rénovation de l’église et dont En Marge est membre. A terme, à la fin des travaux, 60% de l’église sera occupée par le CUBE (Centre international de recherche et de création en théâtre pour l’enfance et la jeunesse) pour de la formation, de la création et des répétitions. Les compagnies Le Clou et Le Carrousel, animateurs de ce volet, visent attirer des troupes locales et internationales.

La nef de l’église, soit près de 40% de l’espace, prévoit accueillir les activités de Cirque Hors-Piste, des Chemins du Soleil (loisirs 6-18 ans pour prévenir la délinquance), celle du Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec, des salles communes et des espaces de co-working. Le début des travaux est prévu à la fin de 2018. Le lieu deviendra un incubateur à idées et la perméabilité permise et générée par le regroupement, bonifiera les actions et les interventions auprès de la clientèle.

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Entretemps, En Marge 12-17 suit attentivement le processus de développement et de réalisation du projet et poursuit ses activités propres. Marie-Noëlle L’Espérance agit comme directrice d’En Marge depuis environ un an. En arrivant en poste, elle a voulu mieux comprendre les processus et revoir les pratiques de manière à les optimiser. Les rencontres d’équipe sont fréquentes et thématiques avec pour but de créer plus de fluidité dans le travail. Cette approche favorise la dynamique en valorisant le point de vue de chacun sur les problématiques rencontrées et accroissant l’implication des travailleurs dans les projets plus spécifiques de l’organisme. On se répartit les représentations sur les comités extérieurs pour que chacun ait une meilleure idée de l’environnement dans lequel l’organisme évolue.

Avec l’aide d’un comité au CA, on a révisé les conditions de travail des employés (aucune augmentation toutefois, l’organisme n’en a pas les moyens) et tous les dossiers de ces derniers ont été mis à jour. Pour une plus grande efficacité et un meilleur suivi, le service de paie d’En Marge a été confié à Employeur D, un service de Desjardins. Ainsi, chacun suit l’évolution de son emploi sur le talon de paie : l’argent, les journées de congé, le temps de vacances, etc.

En Marge 12-17 offre trois types d’hébergement et est accessible 24/24h. Le premier est un hébergement d’urgence pour les jeunes fugueurs qui peuvent y prendre refuge pour 3 jours. Avec les intervenants, le jeune peut trouver des pistes de solutions à ses problèmes immédiats. Un deuxième type d’hébergement est caractérisé de court terme et dure 30 jours. Les fugueurs ne sont pas gardés de jour, sauf si on peut leur offrir une activité structurante : aide à la culture du potager (saisonnier), participation aux cuisines collectives, activités sportives, etc.

Le dernier type d’hébergement qui est offert aux jeunes est qualifié de transition. Ce sont des logements sociaux pour les jeunes de 16 à 22 ans qui pourront y développer les capacités nécessaires pour vivre en logement de manière autonome ou prendre le temps pour atteindre un objectif de vie, comme un retour aux études. Ils proviennent généralement des centres jeunesse et/ou ont peu connu d’encadrement familial. Dans ce cas, on leur propose sur une période maximale de 2 ans, la possibilité de vivre en logement supervisé, où on leur offrira les outils nécessaires pour apprendre à développer leur autonomie.

Avec l’organisme « Sentier Urbain », spécialiste de l’agriculture urbaine, on a créé un potager devant l’immeuble. Un conseiller vient une fois semaine livrer les notions et les jeunes sont chargés de l’entretien pour favoriser à terme la récolte des légumes, des herbes et de quelques fruits. Les connaissances acquises sont transférées par la suite en cuisine où s’ajoutent les aspects économiques, de transformation, de conservation et de salubrité.

img_1199Par sa nature, En Marge représente dans la tête de certains jeunes qui fréquentent l’organisme, la « maison ». Après avoir bénéficié de ses services, s’y s’être senti accueilli, sans jugement, y avoir trouvé de l’écoute, des intervenants compatissants, il n’est pas rare que les jeunes y reviennent de manière plus ou moins régulière pour souper, dormir une nuit, sortir du stress de la rue et cheminer dans leur projet de vie.

En Marge sera aussi partie prenante avec quatre autres organismes au projet SHÈRES qui verra le jour prochainement après 2 ans de cogitation et dont le financement provient du Centre National de Prévention du Crime du Canada (CNPC). Avec la participation de l’Anonyme (ressource pour la prévention des ITSS), les Survivantes, l’unité mise sur pied par le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), le CIUSSS CSIM (anciennement les Centres jeunesse) et le CIUSSS ODIM (anciennement le Centre de la famille et de la jeunesse Batshaw) on souhaite accompagner vers la sortie 150 jeunes des ornières de l’exploitation sexuelle et faire de la prévention.

Chacun des partenaires possède une expertise à cet égard qui est complémentaire. Un comité se réunira une fois semaine pour faire le point. L’intervention doit débuter en octobre. Une groupe de recherche est associé au projet et documentera les pratiques et les retombées en plus de suivre sur 5 ans le parcours des jeunes, dont on prévoit une majorité de filles. En Marge bénéficie du financement d’une ressource qui sera affectée au projet. Le poste a été ouvert à l’interne et provoquera une valse dans les affectations actuelles ainsi qu’un poste à combler par quelqu’un de l’extérieur. Mais cette mobilité souhaitable génère une belle énergie, amène pour l’équipe et les individus de nouveaux défis et prévient l’usure de la compassion, piège qui guette les personnes dans le milieu de l’intervention qui n’ont pas la chance de voir les choses avec une nouvelle perspective.

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Si En Marge contribue et assiste à de belles réussites, il n’en reste pas moins que les problématiques actuelles sont lourdes : beaucoup de consommation (MDMA, ectasy) lié entre autres à une banalisation qui entraîne la dépendance et autres problèmes de comportement, problèmes de santé mentale de plus en plus nombreux, la difficulté de sortir du mode survie, etc.

C’est pourquoi, il importe d’offrir des alternatives aux jeunes marginaux et qu’En Marge 12-17 a plus que jamais raison d’être.