Cirque du Monde – Une piste pour les jeunes de Charlevoix

Forum Jeunesse de Baie St-Paul, la maison des jeunes, est l’hôte d’un programme de cirque destiné aux jeunes depuis 2008. Malgré les réorganisations au sein de Cirque du Monde, une œuvre humanitaire crée par le Cirque du Soleil, le programme est demeuré et s’est même élargi aux jeunes de toute la région de Charlevoix grâce à la vision et au leadership de Claudine Fortin qui dirige Forum Jeunesse depuis 22 années. Les activités ont été concentrées sur un soir plutôt que deux et on a utilisé une partie du budget pour mettre à la disposition des maisons de jeunes affiliées au projet des moyens de transport pour venir rejoindre le groupe à Baie St-Paul.

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Ainsi, la gang des Éboulements et celle de Notre-Dame-des-Monts jumelées à celles de Charlevoix-Est (La Malbaie, Clermont, St-Siméon et Saint-Aimé des Lacs) font en sorte que le programme cette année rejoint une vingtaine de jeunes en moyenne à chaque semaine.

Le jeudi soir, après une demie-heure de préparation entre les animateurs, on s’apprête à accueillir les groupes qui arriveront les uns à la suite des autres autour de 18h30. Les jeunes sont contents et excités car ils reprennent l’activité après le congé des fêtes. Éric Larochelle, à la base un auteur-compositeur, est l’agent culturel de Forum-Jeunesse depuis près de 5 ans et l’intervenant social lors de cette soirée. Josiane Lamoureux et Jean-René Ouellet agissent comme instructeurs de cirque social. Josiane a débuté sa carrière en cirque en participant dans un atelier de ce type, puis elle s’est formée comme artiste indépendante et enfin comme instructrice à Cirque du Monde. Elle a réalisé plusieurs mandats de cirque social à l’étranger (Brésil, Burkina Faso, Honduras, Haïti). Jean-René a suivi un programme de formation d’un an en cirque social à l’École Nationale de Cirque à Montréal.

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Les trois animateurs sont appuyés par les responsables des maisons de jeunes qui participent au projet. Ces derniers ont suivi une formation de 3 jours en cirque social offert par l’organisme En Piste pour bien comprendre la philosophie à la base de cette pratique. Cette nouvelle perspective en intervention change l’approche au niveau des rôles, de la compréhension des jeunes qui vivent des situations précaires et de l’encadrement auprès des jeunes au niveau de l’éthique, la sécurité et la créativité.

Au mois de février, le programme sera aussi ouvert aux jeunes de 8-11 ans plus tôt dans l’après-midi. Le groupe des plus vieux enchainera en début de soirée. Comme les instructeurs viennent de Québec, on maximise leur présence lors de leur déplacement. Depuis septembre, le groupe de participants compte surtout des jeunes de 12 à 14 ans, même si théoriquement le programme est ouvert pour les 12-17. On tente d’intégrer les plus vieux en appui aux animateurs et intervenants, mais certains ont perdu l’intérêt d’évoluer avec un groupe plus jeune.

Le déroulement de la soirée est structuré. En premier lieu, c’est l’heure du cercle. Les jeunes s’assoient en rond avec les animateurs et sont invités à se présenter et raconter leur plus beau moment du temps des fêtes. Un autre soir, ils répondront à une autre question facile. L’idée ici est de délier les langues, intégrer les nouveaux participants et installer la communication et l’écoute. Après que chacun-e ait eu la chance de s’exprimer, on joue.

Jean-René explique le jeu de ce soir, tout le monde s’active pour mettre en place les éléments, il faut que ça bouge. Il y aura deux manches, tout le monde a joué, chacune des équipes a gagné. Il y a une belle énergie dans la salle.
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Après le jeu, l’échauffement. Sur des tapis disposés en circonférence, on occupe toute la salle en dégageant le centre. C’est Josiane qui anime cette partie en expliquant la nécessité d’un bon échauffement pour éviter les blessures. Elle enchaîne aussi avec les réglements des ateliers et explique que des balles seront distribuées aux contrevenants. Alors, l’idée ici, c’est de ne pas vouloir accumuler de balles!

Enfin, on sort le matériel et chacun retrouve sa discipline préférée. Ce soir, pas d’exercice de groupe, l’énergie est haute et les animateurs ont judicieusement choisi de laisser à chacun le choix de son activité. En l’espace de quelques minutes, les tapis ont trouvé leur place, le fil de fer est installé au milieu de la salle, on accroche aux ancrages cachés dans le plafond un cerceau, des tissus aériens, on sort les diabolos et autres instruments de jonglerie. Devant moi le tumbling, trois filles manifestement souples et agiles (j’apprends qu’elles font du cheerleading à l’école) ainsi que quelques garçons, font et refont des enchainements de gymnastique au sol aidés par Jean-René. On a réservé à une grande bobine récupérée de la compagie locale de cablodistribution un corridor afin que les jeunes apprennent à marcher avec aisance sur une surface circulaire en gardant l’équilibre.

À la fin de l’année, au mois de mai, il y aura un spectacle de fin de session qui sera joué devant une cinquantaine de spectateurs. Bien que les jeunes ne soient pas obligés de participer, ils sont encouragés à le faire. « Je ne pensais pas que mon jeune était capable de faire cela » est la phrase la plus entendue lors de cette soirée. Les jeunes ont travaillé très fort pour en arriver là. On espère qu’à force de cultiver cette manière de se dépasser, d’autres réussites fleuriront au moment opportun.

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Aussi, cette année Baie St-Paul sera l’hôte du rassemblement des groupes Cirque du Monde dans la province. Les groupes de Québec, de Montréal, de la nation Attikamek, des Îles-de-la-Madeleine et de Charlevoix se réuniront pendant une fin de semaine et produiront ensemble un spectacle unique.

Le cirque, c’est aussi les costumes, les maquillages, les décors, la musique… Une opportunité pour inviter les jeunes qui gravitent autour du projet de Cirque du Monde à contribuer à leur manière. Trois grands qui semblaient avoir fait le tour des disciplines de cirque, aussi musiciens, ont monté avec l’aide d’Éric l’année dernière, cinq thèmes musicaux qui allaient servir de trame de base lors du spectacle devant les parents. Une première expérience de jouer devant public, mais une belle cynergie s’est installée avec les camarades de cirque. On entend donc développer plus avant ce volet des arts connexes au sein des maisons des jeunes.

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Au fil du temps, à chaque année, on assiste à des choses inattendues et parfois inespérées. Un jeune a des difficultés à l’école, se fait sortir de classe couramment. Sa mère est découragée. Pourtant aux ateliers de cirque, tout se passe bien. Le contexte est différent, ce ne sont pas les mêmes règles et le jeune vit des réussites. C’est le seul endroit où sa mère vient le chercher et où elle n’a pas peur qu’on lui annonce de mauvaises nouvelles. Ce jeune-là réapprend à vivre avec les autres, à ne pas être colérique, il sent qu’on lui fait confiance.

D’autres enfants ont des TDAH, certains auront développé un trouble de l’attachement à force de vivre dans plusieurs familles d’accueil, des syndromes plus complexes rendent leur réussite plus périlleuse. Mais aux ateliers de cirque ils arrivent à canaliser leur énergie, se familiarisent avec la constance d’une routine qui leur convient, un groupe stable, un sens du dépassement qu’ils sont capables par la suite de réinvestir ailleurs dans leur vie.

Alors oui, le cirque peut changer des vies. Et à Baie St-Paul, on l’a compris.